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Trauma et EMDR : Quand le cerveau reste prisonnier du passé
Certaines blessures ne se voient pas.
Elles ne laissent ni cicatrice sur la peau, ni plâtre autour d’un membre cassé. Pourtant, elles continuent de vivre dans le corps, dans les émotions, dans les réactions incontrôlables du quotidien. Un bruit soudain, une odeur, un regard, une situation apparemment banale peuvent réveiller une peur intense, une colère disproportionnée ou un profond sentiment d’insécurité.
Le traumatisme psychique agit souvent comme un événement qui ne s’est jamais véritablement terminé.
Le temps passe… mais le corps, lui, continue parfois à réagir comme si le danger était encore présent.
Qu’est-ce qu’un traumatisme ?
Un traumatisme psychique survient lorsqu’une personne est confrontée à un événement vécu comme trop intense, trop brutal ou trop envahissant pour être intégré normalement par le cerveau.
Il peut s’agir :
Contrairement à une idée répandue, le traumatisme ne dépend pas uniquement de l’événement lui-même, mais surtout de la manière dont celui-ci a été vécu intérieurement.
Deux personnes peuvent traverser une même situation sans en garder les mêmes traces.
Car le traumatisme touche ce sentiment fondamental de sécurité intérieure.
Lorsque l’événement dépasse les capacités d’adaptation de la personne, le cerveau peut alors « bloquer » l’expérience au lieu de la traiter normalement.
Quand le cerveau reste figé
Dans une expérience ordinaire, notre cerveau traite les informations, les classe, les comprend puis les archive.
Mais lors d’un choc traumatique, ce mécanisme naturel peut être interrompu.
L’événement reste alors stocké de manière « brute », accompagné :
C’est pourquoi certaines personnes revivent leur traumatisme sans le vouloir :
Le corps se comporte comme une alarme restée activée.
Comme l’explique souvent le psychiatre et chercheur Bessel van der Kolk, « le corps garde la mémoire du traumatisme ».
L’EMDR : une approche thérapeutique reconnue
L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est une thérapie développée à la fin des années 1980 par Francine Shapiro.
Cette approche repose sur une idée essentielle :
le cerveau possède naturellement des capacités d’auto-guérison psychique, mais celles-ci peuvent être bloquées après un traumatisme.
L’EMDR aide alors le cerveau à retraiter l’événement traumatique afin qu’il puisse enfin être intégré comme un souvenir du passé… et non plus comme une menace actuelle.
Aujourd’hui, l’EMDR est reconnue par :
Comment fonctionne l’EMDR ?
Durant les séances, le thérapeute accompagne la personne à revisiter certains souvenirs douloureux tout en utilisant des stimulations bilatérales alternées :
Ces stimulations semblent favoriser la remise en mouvement du système de traitement de l’information bloqué par le traumatisme.
Progressivement :
Le souvenir reste présent, mais il cesse de contrôler la vie psychique.
L’objectif n’est pas d’effacer le passé.
Il est de permettre à la personne de ne plus être prisonnière de ce passé.
Le traumatisme ne concerne pas uniquement les événements « spectaculaires »
Beaucoup de personnes pensent :
« Ce que j’ai vécu n’est pas assez grave pour parler de traumatisme. »
Pourtant, certains traumatismes sont silencieux et invisibles :
Ces blessures répétées peuvent profondément marquer la construction de soi.
Elles créent parfois des croyances inconscientes :
L’EMDR permet également de travailler sur ces mémoires émotionnelles anciennes qui continuent d’influencer les relations, l’estime de soi ou la gestion des émotions.
Retrouver de la sécurité intérieure
Guérir d’un traumatisme ne signifie pas oublier.
Cela signifie retrouver la possibilité :
Le travail thérapeutique permet peu à peu de reconstruire un espace intérieur plus stable.
Comme après une tempête, il ne s’agit pas seulement de réparer les dégâts visibles, mais aussi de réapprendre que le monde peut redevenir habitable.
Une rencontre avec soi-même
Le traumatisme coupe souvent la personne d’une partie d’elle-même.
Certaines émotions sont enfermées, certains souvenirs évités, certaines parts de soi figées dans le passé.
Le processus thérapeutique devient alors une forme de réunification intérieure.
Dans une perspective proche de celle développée par Carl Gustav Jung, la guérison ne consiste pas uniquement à faire disparaître les symptômes, mais à remettre du lien entre les différentes parts de l’être.
Là où le traumatisme a créé de la fragmentation, la thérapie ouvre un chemin vers davantage de cohérence intérieure.
En synthèse
Le traumatisme n’est pas une faiblesse.
C’est une réponse humaine face à un événement qui a dépassé les capacités d’adaptation du moment.
Et même lorsque les blessures semblent anciennes, le cerveau et le corps conservent une capacité de transformation.
L’EMDR offre aujourd’hui une voie thérapeutique profonde et reconnue pour aider les personnes à sortir des mémoires traumatiques et retrouver une sensation de sécurité intérieure.
Car derrière les symptômes, derrière les peurs et les réactions automatiques, il demeure toujours une part de l’être qui aspire à retrouver du calme, du sens… et la liberté d’habiter pleinement sa propre vie.
“Je n’avais pas vécu “un grand traumatisme”, alors je ne comprenais pas pourquoi j’étais constamment anxieuse.
Je me sentais toujours en danger dans les relations, incapable de faire confiance, avec cette impression de ne jamais être assez bien.
En thérapie, j’ai réalisé que j’avais grandi dans un climat où tout était imprévisible : critiques, humiliations, colère soudaine… Je pensais que c’était normal. Mon corps, lui, était resté en alerte permanente.
Avec l’EMDR, nous avons travaillé sur des souvenirs très anciens. Ce qui m’a le plus surprise, c’est que les émotions enfermées depuis des années ont enfin commencé à circuler autrement.
Petit à petit, j’ai cessé de me sentir coupable de tout. Je me suis sentie plus solide intérieurement. Pour la première fois, j’ai eu le sentiment de pouvoir respirer sans peur d’être jugée ou rejetée.”
“Après l’agression, je voulais tourner la page rapidement. J’essayais d’être forte. Je disais à tout le monde que ça allait. Pourtant, mon corps me trahissait : crises d’angoisse, insomnies, tensions permanentes, hypervigilance.
Je sursautais au moindre bruit. Je ne supportais plus qu’on s’approche trop près de moi. Même dans les moments calmes, je restais tendue comme si un danger pouvait surgir.
L’EMDR a été difficile au début, parce qu’il fallait accepter de regarder ce que j’essayais d’éviter depuis longtemps. Mais j’ai compris que fuir le souvenir ne l’effaçait pas.
Au fil des séances, j’ai senti quelque chose se débloquer profondément. Mon corps s’est progressivement détendu. Je dors mieux. Je peux sortir sans être constamment en état d’alerte.
Ce qui me touche le plus aujourd’hui, c’est de ne plus me définir uniquement par ce que j’ai subi. J’ai retrouvé une partie de moi que je croyais perdue.”
“Après mon accident de voiture, tout a changé.
Pendant des mois, je n’ai plus réussi à conduire sereinement. Dès que je montais dans une voiture, mon corps se crispait. Je faisais des cauchemars, je revivais sans cesse le bruit du choc. Même entendre des freins dans la rue déclenchait des palpitations.
Autour de moi, les gens me disaient : “Mais c’est fini maintenant.” Pourtant, à l’intérieur, rien n’était fini. Mon corps réagissait comme si l’accident pouvait recommencer à chaque instant.
Lorsque j’ai commencé l’EMDR, j’avais peur de replonger dans le souvenir. Mais progressivement, quelque chose s’est apaisé. Les images sont devenues moins violentes, mon corps moins tendu. Aujourd’hui, je peux conduire sans cette peur permanente. Je n’ai pas oublié ce qui s’est passé… mais ce souvenir ne dirige plus ma vie.”